Lundi 6 novembre 2006
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Pour en revenir à Rawls, il est très visible chez lui que la justice est une notion contraignante de la société : la société doit être juste pour être acceptable. Mais pour ne pas avoir à annoncer de but en blanc une définition de la justice qui serait critiquée pour sa partialité, il préfère créer un processus, très intéressant, qui aboutit à la définition de la justice. Ce processus a pour objectif de trouver la justice d'une société par la recherche d'un accord rationnel entre les individus. Et pour essayer de rationaliser les individus, il les recouvre d'un voile d'ignorance, il les uniformise. Ce qui pose problème, puisque les intérêts à l'origine divergents des individus car fonction de leurs particularités propres, ne sont plus pris en compte. Il n'y a plus de différence entre les individus, et cela ne veut pas dire qu'ils sont
plus rationnels, juste qu'ils ont la
même rationalité. La grande force de Rawls, et avant de Kant, a été de nous faire croire que la rationalité était 'pure', c'est-à-dire qu'elle apparaissait quand disparaissait les caractéristiques des individus.
Mais la rationalité n'apparaît pas avec l'effacement de l'unicité, de l'individualité de chacun, elle converge. Ce qui est très différent, et oppose
la raison contre la convergence
des raison
s. Nous croyons benoîtement que lorsque les gens sont pareils, c'est que la raison est présente, qu'elle s'exprime. Or, la raison n'est pas l'unanimité (même théorique, idéale) des individus sur un sujet donné, en l'occurence la société dans ce cas-là. La raison est l'utilisation des facultés intellectuelles humaines, selon un schéma de règles, logiques et ordonnées, qui lui permet de trouver des solutions à ces problèmes, de clarifier ses idées, ses sensations, etc.
Il y a donc là un vrai problème à croire que l'uniformisation des individus les rendra plus raisonnables. Ceci est faux. L'uniformisation des individus les rend plus semblables, et donc leurs décisions rationnelles convergent et finissent par être les mêmes. Si nous sommes semblables, que nous réfléchissons de la même façon, alors nous atteindrons le même but ! Rien de révolutionnaire là-dedans. Là où pourrait se trouver une idée féconde, c'est en faisant l'hypothèse d'une raison différente entre les individus, de schémas logiques antagonistes, opposés, qui ne se rejoindraient pas. Mais nous quittons là le monde de la logique, qui a l'immense avantage d'être logique, donc peu soumis aux différences entre individus (en tout cas espérons-le).
Rawls, donc, uniformise les individus, les rendant soi-disant rationnels, puis les fait réfléchir pour trouver ce qu'est la justice d'une société, c'est-à-dire une société où ils accepteraient de vivre. La justice est dans ce cas un mode de fonctionnement de la société, un ensemble de règles que les individus acceptent volontairement, n'ayant pas mieux sous la main. Mais la justice n'est pas ce qui justifie la société, elle ne fait que la rendre acceptable. Ce qui justifie la société, ce sont les 'avantages mutuels' que celle-ci apporte, et qui sont ensuite distribués de façon juste. La justice est là aussi, secondaire, elle n'est pas cause de la société, mais simplement mode de distribution des biens. Comme dans ma conception, la justice rawlsienne est une notion de deuxième ordre, elle ne préside pas à la fondation de la société, elle en constitue un mode d'opération simplement. La justice positive que j'ai exposée obéit à cette 'secondarité', elle est un mode d'application des lois, lois rationnelles car construites sans recours à des hypothèses erronées.
Renouveau