Mercredi 25 octobre 2006
La question de la justice d'une telle société, créée sur une considération de simple survie  individuelle totalement rationnelle et amorale, est évidemment un sujet important. Mais avant de se pencher sur la réponse, un petit éclaircissement sur la conclusion politique de ma théorie est le bienvenu :
En créant de cette façon rationnelle un Etat et une société, je légitime et explique totalement la notion d'Etat-providence, apparue depuis quelques décennies dans les pays développés, ce qui est déjà un très grand pas en soi. Mais encore plus, le résultat est que les redistributions actuelles des Etats doivent être repensées dans leur totalité : tous ont droit à cette redistribution, même si tous n'en ont pas forcément besoin de par leur richesse. De toute façon, ceux qui n'en ont pas forcément besoin seront taxés (de façon proportionnelle) à un niveau qui rendra la redistribution sans effet réel. Il y a donc une conséquence politique très importante à cette construction : la légitimation d'une redistribution égale pour tous, afin de fournir à chacun de quoi survivre (logement, nourriture, soins...). Mais pour que cette théorie soit complète, il faut aborder la question de la justice, qui va prendre plusieurs articles, et expliquer pourquoi cette société est juste à mon sens. Et cela passe par une vaste réflexion sur la notion de justice.

En guise de présentation, je ne suivrai pas Rawls (dans sa Théorie de la Justice, 1971) avec une approche de type 'voile d'ignorance', censé égaliser les individus d'un point de vue théorique, et permettant ainsi la définition d'une société juste. Cette approche a le défaut majeur de gommer les différences entre individus et donc entre leurs intérêts, par l'oubli de leurs caractéristiques propres, pour les réduire à un quasi pur esprit. Ainsi, nous réfléchissons avec Rawls sans savoir qui nous sommes, ce qui ôte toute vélléité de penser différemment des autres. La pluralité d'opinions est niée, puisqu'elle est réduite à une seule. Rawls propose de plus une notion de justice qui n'en est pas une, puisqu'elle naît de la procédure employée, et n'est pas définie a priori, mais a posteriori. Cela revient à définir la justice comme le résultat d'un processus explicité auparavant : il n'y a aucune chance que la notion de justice qui en sorte ne soit pas celle du processus. La justice est par conséquent celle qu'a voulu Rawls en construisant son processus, et peut être remise en question dès que l'on modifie le processus. Il y a donc un problème majeur identifiable facilement : la remise en cause de la procédure employée rend le résultat (la justice ainsi définie) défaillante. Il 'suffit' de considérer que la procédure de Rawls ne crée pas la justice, mais bien plutôt, par un raisonnement d'optimisation de l'utilité (mini-max), simplement une société où j'aurais le maximum possible en étant le plus mal tombé, si j'y étais parachuté au hasard. La justice ne s'apparente pas à un raisonnement où justice égal 'je suis dans une situation où dans le pire des cas, je suis au maximum accpetable'.

A l'opposé, ma notion de justice ne vient pas du processus, mais bien plutôt d'une vision positiviste : la justice est l'application du droit, des lois telles qu'elles sont acceptées par des individus rationnels se concertant pour décider des règles auxquelles ils obéiront. Il n'y a pas de justice dans l'état de nature avant l'Etat et la société, puisqu'il n'y a pas de morale, pas plus que de lois. Penchons-nous donc plus en détail sur cette notion de justice si compliquée à appréhender.

Renouveau
Par Renouveau - Publié dans : renouveau-politique
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