Un des points cruciaux est donc l'unanimité des individus, qui doit découler de l'intérêt rationnel de tous d'entrer en société. Ainsi, ce qui sera octroyé comme droits à tous devra permettre cet accord unanime. Si certains individus ne trouvent pas dans ces droits au moins un avantage par rapport à l'état de nature, ils n'auront aucun intérêt à rentrer en société, et pourront donc légitimement (dans le sens où leur accord n'a pas été donné) se rebeller contre une société qui voudrait leur imposer des lois qu'ils n'ont pas acceptées. Il est donc crucial que rationnellement tous aient un intérêt à entrer en société, donc que celle-ci fournisse à chacun un 'argument' qui lui soit convenable.
Dans l'état de nature, comme nous l'avons dit, règnent la violence, l'insécurité et l'usage de la force. Sans aucun jugement moral sur ce sujet, ce sont donc les plus forts qui seront les plus à l'aise dans ce monde. Un point crucial portera donc sur la motivation que pourront avoir ses individus les plus forts à entrer en société. Et la réponse sera évidemment : la propriété.
Les plus forts pourront en effet amasser un nombre important de possessions, qu'ils devront ensuite défendre contre les tentatives de récupération des autres individus. Par exemple, la possession et la défense d'un territoire de chasse, de cueillette, de repos etc... sera une tâche quotidienne essentielle et fatigante. Les forts auront donc intérêt à accepter la création d'un Etat et d'une société qui entérinent la propriété de leurs possessions (y compris leur propre corps, possession fondamentale). Ce sera l'argument principal de leur ralliement à une société, la reconnaissance de leur droit de propriété sur ce qu'ils possèdent. D'autant plus qu'ils vieilliront et ne seront pas à l'abri d'une maladie ou d'une blessure. Une société qui leur reconnaîtra la propriété de leurs biens leur fournira donc un avantage essentiel pour eux. Mais en contrepartie, ils reconnaîtront la propriété des autres individus et se priveront de la possibilité d'acquérir de nouvelles possessions, et bien plus accepteront la redistribution d'une partie des fruits de leur propriété, comme cela est expliqué ci-dessous, par l'étude des faibles.
Les plus faibles n'auront eux pratiquement pas de possessions, tout juste la jouissance de leur corps, s'ils y arrivent. Vivant avec pratiquement rien, en errance, ils auront intérêt à entrer en société pour entériner la possession de leur corps (et donc aussi de leur travail), mais surtout pour profiter de la redistribution de l'Etat à chaque individu, au nom du respect de la loi primitive de propriété : chacun reconnaît la propriété des possessions des autres, dont leur corps, et cela sera réalisé et accepté par tous avec la redistribution d'une partie de la propriété de chacun, afin de permettre la survie de tous. Les plus faibles, même sans propriété autre que leur corps, auront donc une très forte incitation à entrer en société, afin de pouvoir bénéficier de la redistribution par l'Etat du nécessaire à leur survie. En contrepartie, ils perdront toute possibilité (légale) de s'emparer des possessions des autres, devenues leur propriété. Mais ils pourront accepter cela, étant aidés par l'Etat. Si la redistribution n'existait pas, ces individus ne voudraient pas entrer dans une telle société, ils se retrouveraient entourés de propriétés qu'ils ne peuvent toucher, avec la propriété simple de leur corps. Ils seraient à la merci des propriétaires pour trouver de quoi survivre, ou bien devraient devenir hors-la-loi. La redistribution est donc une condition nécessaire (et suffisante) à leur entrée en société.
Il y a donc bien une unanimité des individus à entrer en société, au nom de leur désir de survie. Les plus forts le feront en majorité pour la jouissance légale de leurs possessions (la création de la propriété), les plus faibles pour la redistribution et la propriété de leur corps. Mais cette société qui se crée, est-elle juste ? C'est là toute la question...
Renouveau