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Samedi 20 janvier 2007
Bonjour à tous,

Ce blog où je présente mes idées de philo politique servira donc d'espace de discussion et de commentaires pour le site Présidentielle Virtuelle. Vous pouvez ajouter des commentaires en cliquant sur le petit onglet commentaires ci-dessous à droite. A vos claviers et à bientôt !
par Renouveau publié dans : renouveau-politique
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Dimanche 26 novembre 2006

Je m'aperçois que j'ai peut-être été un peu vite dans mon article précédent sur le rapport volonté-liberté, au risque de rendre les choses difficiles à comprendre. Je vais donc consacrer un article d'approfondissement sur la relation entre la volonté et la liberté, relation philosophique fondamentale, car fondatrice de la responsabilité morale et pénale de l'individu.

La question qui se pose est celle de la prédominance de la volonté sur la liberté. En quoi cette prédominance pose-t-elle un problème sur la capacité de choix légitime de l'individu ? Cette question a un but très précis, elle fonde tout le processus de légitimité de la théorie dont nous parlons. Si nous ne sommes pas libres de choisir de survivre, nous ne sommes pas libres d'entrer en société, il n'y a donc aucun intérêt d'essayer de trouver une société par un choix libre.

Prenons un exemple simple qui illustrera et expliquera le rapport liberté-volonté. A un moment de la journée, il se trouve que j'ai faim. Je n'ai pas choisi d'avoir faim, cela m'est imposé par mon existence matérielle, par mon corps. Je veux donc manger pour satisfaire cette faim. Cette volonté est-elle libre, ou bien ne l'est-elle pas, puisqu'elle découle de ma faim, que je n'ai pas choisie ? Nous parlons ici de régression, en cherchant un point de départ où la liberté décide, où la volonté n'est pas 'forcée'. Dans ce cas-là, il n'est pas possible de dire que j'ai été libre d'avoir faim et de vouloir manger. Je ne suis en effet pas libre de ma volonté de manger. C'est à la réflexion assez étrange, car n'importe qui peut très bien contrôler sa volonté pourtant, et décider de manger plus tard. Il y aurait donc une volonté non libre de manger issue de la faim, et une volonté libre qui décide si oui ou non je veux manger. Voilà un concept de volonté multiple et très flou, confus, impraticable. C'est pour cela qu'il faut changer de vision du rapport liberté-volonté.

En réalité, la volonté non libre n'est pas une perte de liberté ! Ce sont deux concepts différents que la volonté et la liberté, qui ne s'opposent pas du tout. Expliquons cela avec le même exemple : j'ai faim, de façon non libre, je ne suis pourtant pas obligé de manger tout de suite, et je peux quand même choisir ce que je veux manger. Il y a donc encore une grande liberté de choix une fois que la volonté a donné une direction. La phrase "J'ai faim" n'a pas été choisi, mais les termes "Je veux manger cela et/ou maintenant " est libre de l'individu. On peut donc argumenter que la liberté s'articule ensuite autour de la direction donnée par une volonté non libre, que donc l'individu n'est pas libre mais répond simplement à des causalités qui lui sont extérieures. Cette argumentation n'a pour moi aucun sens, puisque la recherche d'une liberté absolue comme celle-là n'apporte rien. Si nous pouvions y arriver, qu'est-ce que cela ferait en réalité ?  Si nous étions parfaitement libres, nous n'aurions aucune volonté donnant une direction. Nous pourrions choisir ce que nous voulons, mais nous ne voudrions rien, n'ayant aucune inclination qui nous pousse vers quelque chose, même pas la plus basique des inclinations, la vie. Il n'y a donc aucune sorte d'intérêt à cette liberté absolue qui détruit la volonté, alors que la vraie liberté, celle qui importe,  vient après l'inclination, après la volonté, pour décider la façon et le besoin d'y céder ou non.

La liberté dans un univers où la volonté de survie est supposée n'est donc pas une fausse liberté, mais bien plus la seule liberté qui compte. Il n'y a pas besoin de considérer qu'un individu est prisonnier de sa volonté de survie, qu'elle le rend non libre, car il est libre de choisir à tout moment, simultanément à l'arrivée de son inclination.

Renouveau
par Renouveau publié dans : renouveau-politique
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Mardi 21 novembre 2006

Il s'agit donc maintenant de comprendre en quoi cette théorie de l'Etat est légitime, ce qui est son atout principal et ce qui lui donne sa force. La légitimité provient évidemment de l'accord rationnel de tous les individus présents dans l'Etat de nature, car tous y ont quelque chose à gagner. Cette légitimité individuelle est, elle, possible car les individus sont libres, c'est-à-dire que leur volonté n'est pas contrainte par autre chose que leur désir interne de survie.

Il serait possible d'argumenter sur la réelle liberté d'une volonté quand un but aussi primordial est fixé, et enlève beaucoup de marge de manoeuvre, mais je ne rentrerai pas dans ce débat-là, qui repousse la notion de volonté libre à une abstraction où plus personne ne sait ce qu'il veut, et où donc toute décision, qu'elle soit libre ou non, ne peut être prise, n'a aucun sens. En effet, si l'on veut que l'individu décide quelque chose, il faut qu'il ait un but, sinon il ne décidera rien, ne fera rien. Si ensuite, on suppose qu'un individu qui a un but perd sa liberté de volonté, alors on en arrive à une situation où dans la vie réelle toute liberté, toute volonté libre est illusoire, impossible. Et ce n'est pas comme ça que l'on obtient des individus responsables de leurs actes, donc pouvant donner une légitimité par leurs choix. Ce ne sont plus des hommes, mais des pantins.

Nous faisons donc l'hypothèse (la seule) que les individus veulent survivre, et donc qu'ils ont la liberté de choisir librement, de vouloir librement, d'entrer en société ou non. Si tous le font, car ils ont un avantage rationnel à le faire, alors ils confèrent une vraie légitimité à la société ainsi constituée. Celle-ci, sans recours à la morale, a trouvé sa justification rationnelle, qui fait qu'elle est légitime à appliquer ses lois sur ses membres par l'intermédiaire de l'Etat. Bien entendu, ne sont ici pensées que les lois les plus fondamentales, celles qui sont le fondement de la société, les autres lois ne répondant pas à une décision aussi unanime, et s'édictant plus tard dans le cours du temps. Les modalités de décision de telles lois sont une histoire de politique, avec des variations nombreuses possibles, qui se défendent, tant qu'elles restent dans le cadre défini par les lois fondamentales acceptées - et légitimées - par tous.

Mais si les individus changent d'avis, que se passe-t-il ? Si tout à coup, l'un d'entre eux dit : j'ai plus d'avantages à rester dans l'état de nature que dans la société, je ne respecterai donc plus ses lois qui me pèsent et retrouverait une totale liberté d'action (plutôt une totale liberté de tentatives d'action que d'actions, car il se retrouve dépendant de sa force pour agir). L'individu pourrait se retrouver hors de la société, et recommencer son parcours intellectuel pour repenser sa situation, et revenir ensuite rationnellement dans la société. Il pourrait aussi en profiter pour tenter d'acquérir des biens possédés par autrui, car il ne reconnaîtrait plus de propriété de qui que ce soit. Mais à ce niveau-là, l'Etat s'interposerait pour l'en empêcher. Il semble donc que la meilleure solution soit de le laisser lier à son accord initial, son contrat initial, car il n'aurait pas grand-chose à gagner à en sortir, en termes de survie. Mais si pour d'autres raisons il se décidait à en sortir, alors il serait traité comme un élément extérieur dans l'Etat de nature, et en tant que tel ne se verrait pas nécessairement reconnaître des droits. L'individu a donc tout intérêt dans le long terme à rester en société, son départ lui enlevant tous ses avantages, sans lui en donner tant d'autres par le retour à l'état de nature.

En conclusion, la légitimité vient des individus, de leur choix libre et rationnel, qui permet de comprendre pourquoi ce type de société est si intéressant. Elle est la seule société acceptable aux yeux de tous, la seule légitime.

Renouveau
par Renouveau publié dans : renouveau-politique
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Mardi 7 novembre 2006

La justice est donc la bonne application des lois, décidées rationnellement, partant d'un état de nature amoral et aboutissant à un Etat redistributeur pour tous. Elle est affranchie de toute référence morale sous-jacente, comme l'égalité ou l'équité, pour être cantonnée à son rôle effecteur, de bonne application des lois. Ainsi, la justice n'existe pas dans l'état de nature, ce qui est normal dans un univers amoral et alégal. Elle apparaît avec la société, les lois, l'Etat et la propriété. Toutes ces choses liées entre elles sont donc construites d'un coup, lors de la révolution copernicienne qu'est le passage à la société.

Cette définition peut laisser sur sa faim, car elle ne donne pas vraiment d'indice sur ce qu'est une "bonne application des lois". Je ferai donc un renvoi vers la justice des tribunaux que nous connaissons habituellement en soulignant les deux plus grandes caractéristiques : indépendance et impartialité. La justice se résume donc à l'absence de traitement de faveur au profit d'une partie, à une application neutre et non influencée des lois, bref à une égalité devant les lois. Et voilà, l'égalité revient, finalement ! Il faudra que je m'explique alors pourquoi les individus voudront cette égalité en droit, devant les lois, cette égalité comprise dans la justice. Je le ferai en m'appuyant comme toujours sur la rationalité qui les conduit à demander cette égalité, non par pur désir ou besoin moral d'égalité, mais par souci de survie. Il n'y a là toujours pas de moralité déguisée, juste l'emploi d'une notion politique et philosophique, l'égalité, au profit de leur but premier, la survie. Ceci sera fait un peu plus tard...

Cette définition positiviste de la justice ne veut pas dire pour autant que les lois issues de l'Etat sont incritiquables, comme on veut bien le croire ou le faire croire. Elle montre simplement que ce n'est pas l'argument de la justice qui peut être brandi pour les critiquer. Il sera bien plus intéressant de critiquer ces lois sous l'angle de leur rationalité, de leur légitimité (issue de la volonté individuelle), de la liberté etc. C'est donc dans cette optique que les prochains articles seront écrits. Ils porteront en particulier sur la légitimité d'un tel Etat, en se penchant sur la volonté et la liberté, deux notions fondamentales pour rendre un choix légitime.

Renouveau
par Renouveau publié dans : renouveau-politique
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Lundi 6 novembre 2006

Pour en revenir à Rawls, il est très visible chez lui que la justice est une notion contraignante de la société : la société doit être juste pour être acceptable. Mais pour ne pas avoir à annoncer de but en blanc une définition de la justice qui serait critiquée pour sa partialité, il préfère créer un processus, très intéressant, qui aboutit à la définition de la justice. Ce processus a pour objectif de trouver la justice d'une société par la recherche d'un accord rationnel entre les individus. Et pour essayer de rationaliser les individus, il les recouvre d'un voile d'ignorance, il les uniformise. Ce qui pose problème, puisque les intérêts à l'origine divergents des individus car fonction de leurs particularités propres, ne sont plus pris en compte. Il n'y a plus de différence entre les individus, et cela ne veut pas dire qu'ils sont plus rationnels, juste qu'ils ont la même rationalité. La grande force de Rawls, et avant de Kant, a été de nous faire croire que la rationalité était 'pure', c'est-à-dire qu'elle apparaissait quand disparaissait les caractéristiques des individus.
Mais la rationalité n'apparaît pas avec l'effacement de l'unicité, de l'individualité de chacun, elle converge. Ce qui est très différent, et oppose la raison contre la convergence des raisons. Nous croyons benoîtement que lorsque les gens sont pareils, c'est que la raison est présente, qu'elle s'exprime. Or, la raison n'est pas l'unanimité (même théorique, idéale) des individus sur un sujet donné, en l'occurence la société dans ce cas-là. La raison est l'utilisation des facultés intellectuelles humaines, selon un schéma de règles, logiques et ordonnées, qui lui permet de trouver des solutions à ces problèmes, de clarifier ses idées, ses sensations, etc.

Il y a donc là un vrai problème à croire que l'uniformisation des individus les rendra plus raisonnables. Ceci est faux. L'uniformisation des individus les rend plus semblables, et donc leurs décisions rationnelles convergent et finissent par être les mêmes. Si nous sommes semblables, que nous réfléchissons de la même façon, alors nous atteindrons le même but ! Rien de révolutionnaire là-dedans. Là où pourrait se trouver une idée féconde, c'est en faisant l'hypothèse d'une raison différente entre les individus, de schémas logiques antagonistes, opposés, qui ne se rejoindraient pas. Mais nous quittons là le monde de la logique, qui a l'immense avantage d'être logique, donc peu soumis aux différences entre individus (en tout cas espérons-le).

Rawls, donc, uniformise les individus, les rendant soi-disant rationnels, puis les fait réfléchir pour trouver ce qu'est la justice d'une société, c'est-à-dire une société où ils accepteraient de vivre. La justice est dans ce cas un mode de fonctionnement de la société, un ensemble de règles que les individus acceptent volontairement, n'ayant pas mieux sous la main. Mais la justice n'est pas ce qui justifie la société, elle ne fait que la rendre acceptable. Ce qui justifie la société, ce sont les 'avantages mutuels' que celle-ci apporte, et qui sont ensuite distribués de façon juste. La justice est là aussi, secondaire, elle n'est pas cause de la société, mais simplement mode de distribution des biens. Comme dans ma conception, la justice rawlsienne est une notion de deuxième ordre, elle ne préside pas à la fondation de la société, elle en constitue un mode d'opération simplement. La justice positive que j'ai exposée obéit à cette 'secondarité', elle est un mode d'application des lois, lois rationnelles car construites sans recours à des hypothèses erronées.

Renouveau
par Renouveau publié dans : renouveau-politique
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